Au pli du soleil



 

A la ligature du soleil et de la lune qui fond en arrière vers sa nuit et le soleil

vers son jour

C’est l’horizon qui se déplie violet, regret de la nuit qui fuit avec ses renardes, ses martres de soie

Elles se faufilent vers l’ombre par les tangentes des bocages, plicature de l’aubépine, merisier, ronciers féroces par où cacher le fertile dans la haie,

le pinson son furet, le sanglier sa saulaie, le coucou son massacre

le coudrier

et les chanterelles qui mangent les corps morts

C’est à l’ombre sans question, « la vie dans les plis », que se forment nos demains

Dans le temps en arrière réfugiée, en arrière ravalée, la lune est ce lieu dans le ciel qu’elle quitta sans une trace. Reviendra-t-elle ?

La nuit bonne et la tête sur le papier ? L’enfant au milieu du lit ? Les mains au repos de l’absence de questions mais à la paix du mystère ? La nuit pour lire l’interdit, l’ombre sans question d’où tombent des réponses, des mots qui s’accouplent comme s’accouplent les martres véloces : éclair et torsions, et féroces de désir, pleines du meurtre joyeux de plus tôt dans la nuit, un cri, deux cris,

le retour dans les plis

de poils, et de dents, les fourrures, les abris, les souplesses au chablis. Petits meurtres donc, vieux mystères.

Le jour tient encore dans ses ombres, tangentes, tangentes et débords, la frayeur et l’amour, le pinson embûché, le sanglier et ce qu’il sait des morts qui viendront dans l’année.

 

Et le vieux sursaute. Les doigts de crasse noble patinés du gras du repas, et du frêne de l’outil.

Ils se serrent un peu.

Son œil a bleui de vieillesse, mais s’écarquille sévère fouillant l’entre-deux du feu et recoin, là où vibre l’araignée sous les vagues de chaleur du foyer. Là qu’il le voit. Le mort de l’année.

Demain il ira se perdre en haut d’une colline, mais sans quitter la pénombre des chemins creux, ni l’ombrage des noisetiers, et au plus haut, au plus chaud,

au plus minéral du soleil

il plissera encore les yeux sous l’ourlet des paupières. La nuit doit être au jour retenue : car la science est nocturne et le jour un gâchis.

 

 

Photo Vidal C Photography

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