Un peu de beauté dans un monde confus et qui aime à le rester et qui aime à tuer les autres au nom de systèmes descendus tout armés : du ciel. Du refus du réel et de l'amour de la folie
Le pari que ce qui n'est pas existe.
Concentrons-nous : le pari que ce qui n'est pas existe.
C'est le même problème que celui posé par Parménide et que ce salaud de Platon a voulu ridiculiser pour pouvoir affirmer que ce qui n'existe pas est mieux que ce qui existe et qu'à ce compte, c'et mieux de croire en ce qui n'est pas là que de se coltiner le réel. Le mépris fondamental de Platon enclenche deux mille ans d'idéalisme et d'essentialisme, étaye non seulement le christianisme mais aussi l'islam via Aristote et la falasafîya...
On se concentre : le pari de Pascal donc.
Je reprends la description de wikipedia qui est un bon résumé :
<< Pascal tente de persuader, qu'à défaut de pouvoir démontrer l'existence ou la non existence de Dieu (le Dieu chrétien), une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, qu'il existe ou non. En effet, dans la probabilité que Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perd rien ou presque. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne l'immortalité et le paradis, tandis que le non-croyant athéiste prend le risque d'une condamnation à l'enfer pour l'éternité...>>
Bon. Athée à l'époque ne voulait pas tout à fait dire ce qu'il veut dire aujourd'hui mais c'est pas grave. L'explication reste valide et la position de Pascal sur le sujet de l'existence de Dieu est partagée par l'ensemble des "religions monothéistes" (abrahamiques). La démonstration est la même avec les mêmes mots quasiment.
Quel est le problème ?
Le problème réside d'abord dans le rôle assigné à Dieu et donc la place de la religion dans le présent des croyants. Dans leur présent, parce que leur présent est conditionné par l'idée qu'il se font de la vie après la mort. Dieu punit et distribue des points, donc. Voilà le Dieu dans lequel il est cru. Une entité qui punira ou récompensera, et l’ensemble de la démonstration de Pascal revient à enfoncer cette idée. Il vaut mieux croire parce que le risque est trop grand pour mon âme. Ce qui suppose en préalable de croire à l'âme et donc en Dieu…
Dieu n'est pas considéré comme le maître de la vie, ou comme le créateur, ou comme celui qui infuse le monde de beauté, fait pousser les plantes etc. Non. Croire c'est d'abord ne pas être puni. On ne prend pas de risque.
Au passage, le chrétien qu'est Pascal oublie la promesse de Jésus, que tous-tes sont pardonné-es puisque les péchés ont été remis une fois pour toutes par le Christ. De plus, la miséricorde divine fait que tous seront consolés, pardonnés et auront leur place…
Autre problème, plus grave que cette infantile croyance en un Dieu qui fait des calculs d'apothicaire et distribue punitions et récompenses, la dimension structurante du christianisme en pays chrétien et des autres religions en question dans leurs contrées respectives.
Si Dieu est un maître d'école qui contrôle les cahiers de correspondance et envoie les gens au piquet, alors toute la société structurée par le dogme se pense de la même manière.
C'est le cas. Massivement. Bien évidemment, le mouvement fut à l'origine inverse : d'abord on a voulu contrôler, dominer, ordonner, puis on a ajusté le dogme. Mais le mouvement, dans une perspective historiciste, fonctionne dans l'autre sens aussi : contrôle, répression, récompenses doivent être actualisés en permanence : depuis le père de famille, jusqu'au président de la république.
Les racines d'une peur abjecte sont à trouver dans cette perspective d'une religion punitive, comptable. Le pari de Pascal, même quand on ne le connaît pas, va trouver à se produire dans les personnes. Même semi-consciemment, psychologiquement, mon dialogue intérieur va tendre à aller dans le sens de l'évitement d'une pensée non croyante. Les censures sont évidemment en place. Et bien rares les personnes comme le Zénon de "L’œuvre au noir" de Marguerite Yourcenar, qui sont capables de s'admettre leur incroyance, sans qu'elle sorte à l'extérieur, mais en étant capables de vivre avec cette conscience.
Il ne s'agit évidemment pas de fustiger la croyance. Les gens font ce qu'ils veulent/peuvent. Un athée n'est pas meilleur.
Il est en revanche question de labourer un seul sillon - pour moi - qui est celui de la réalité.
Le réel dit, par la voix de Parménide : "ce qui est, est". "Ce qui n'est pas, n'est pas". Et s'il te prend l'idée de prétendre le contraire, tu te mets, et tu nous mets sur une voie funeste. Celle de bâtir des sociétés entières sur des illusions, des confusions, à chaque fois différentes en plus, et contradictoires, infiniment meurtrières.
Ça n'a pas loupé. Fallait écouter Parménide.
Héraclite rajoute : "les morts flairent dans l'Hadès". Sous-entendu : se nourrissent de l'odeur des viandes sacrifiées par les vivants.
Voilà deux solides castars qui n'ont pas peur du solide et du concret. Héraclite en positionnant le feu - foudre, éclair - comme principe majeur du monde, nous enjoins à nous brûler. Mais pas comme Rumî, tout sublime poète qu'il fut, à être consumé par Dieu, mais à se carboniser à la réalité.
L’œuvre au noir, c'est le travail alchimique du nigredo. On se cramera la matière jusqu'à ce qu'il ne reste que l'impossible à brûler. C'est ce charbon, et le dedans de ce charbon qui sera ensuite passé à l’œuvre au blanc de la purification, de l'allègement, de l'infusion par la joie. Albedo. Avant que tout ça ne culmine dans l’œuvre au rouge. Enfin, c'est au Rubedo que l'efficace est possible, que le virtuel s'actualise, que le Rebis, mâle et femelle à la fois, est capable d'opérer. Et il opère : sur la matière.
On ne l'a jamais quitté. Dieu n'y a pas pris part avec ses bons points et ses menaces.









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