I. La première leçon d’Israël
L'histoire qui est annihilée c'est celle des habitants de la Palestine avant 1948. Mais c'est aussi l'annulation de 2000 ans de vie autre que nationale, autre qu'ancrée, que d'appartenance à un territoire, une « souche » comme on dit avec fierté d’un morceau de bois pourri comme un chicot.
La soi-disant création de l'État d'Israël est une conquête non pas du judaïsme, non pas des juifs-ves, non pas des victimes - comme si victime était une manière valide d'être au monde. Elle est une conquête du modèle occidental. Un produit de l'occident dont ce sont les paradigmes, les obsessions qui s'y expriment. La haine du corps juif fantasmé - pauvre, voûté sur ses textes, les mains tordues d'égoïsme et de lucre, clochard plus qu'à moitié - le fantasme de ses motivations parasitaires, d'un greffon oriental enté sur le corps sain d'une Europe un peu grecque, un peu chrétienne, un peu romaine, un peu blonde et nordique... cette haine est celle des premiers sionistes qui partagent absolument le délire occidental qui se pense par la race et la nation depuis le 18e siècle. Sans nation, point d'existence réelle. Comme disait le nazi Heidegger pour qui l'Être c'était le Vaterland, Patrie délirée transformée en concept, les juifs-ves ne sont que des étants sans réalité. Ils et elles ne « sont » pas.
Du coup, dans les camps. : « ça meurt ». « Es stirbt ». Encore Heidegger en 1959.
Il faut donc en être. Du concert des nations. Et tant pis si ce concert ne fut jamais autre chose que cacophonique.
Mais se vouloir nation c'est se nier autre chose. Se vouloir nation c'est tout conjuguer au singulier : ein Sieg, ein Reich, ein F*hrer.
Dans l’Espagne de la Reconquista : une langue, une religion, un territoire.
Une terre sans peuple pour un peuple sans terre.
Alors le juif, la juive, sont dits cosmopolites : leur polis, c'est le monde -
cosmos.
Ils sont également dits « nomades ».
Cosmopolitisme : cette fausse évidence qu'être « du monde entier »
est un défaut est tout de même étonnante. L'ancrage seul serait bel et bon.
Désirable. Où l'on retrouve Heidegger qui n'est pas tant l'inventeur de cette
idée - Être, c'est être d'une patrie qui se confond avec l'Être - mais
seulement celui qui l'aura exprimé : porte-voix du fonds raciste, jaloux,
sédentaire des entités européennes telles qu'elles se cristallisent vers le 16e
siècle. Un essentialisme radical et enragé.
Définies par un passé qui détermine l'avenir comme répétition de ce passé, les
nations ne peuvent pas promouvoir autre chose que de l'identique, ni
s'envisager autrement que sous l'angle de la similitude ou de la dissimilarité.
De l'homogénéité, donc, et qui confine au délire de pureté évidemment.
Elles ne peuvent pas non plus s'envisager autrement que conquérantes,
prédatrices. Ça n'est pas du tout une contradiction. L'unité - ou l'identité -
ne peut se dire que d'un cerclage des délires de pureté, d’exclusives, d’une
solidification dans des limites autant conceptuelles que physiques. Dès lors
que les limites – frontières - sont posées, toute respiration devient
contrainte puisque l’air se raréfie dans cet enfermement, et ces frontières dessèchent
le possible autant qu’elles interdisent l’extérieur.
Dit autrement, un territoire fermé par des frontières, des concepts de nation, force à la multiplication d’institutions et à leur durcissement jusqu’à la fragilité. L’extrême définition (frontières, actes d’identité) affecte naissances et morts - soit que la démographie pullule, soit qu’elle s’effondre – tout comme elle affecte encore l’impossible diversité des discours possibles. Des manières d’être.
Bref, les nations créent l’endurcissement structurel qui signe leur fragilité et donc leur inquiétude. Leur inquiétude et donc leur agressivité, et l’illusion que l’ouverture indispensable à la vie peut se faire en ne faisant que repousser un peu plus loin ses frontières. Conquête.
Gross Deutschland, Forteresse Europe, Make America GREAT again. Israël Gadol, le grand Israël.
Le délire de l’unicité confine à ce qu’une seule espèce occupe tout l’espace. C’est déjà le cas en termes biologiques. Un seul taxon règne sur la planète. Et l‘étouffe.
Alors cosmopolite c’est mal. Non seulement pour l’antisémite, mais encore pour l’israélienne doctrine qui voit dans le cosmopolitisme des ancien·nes un péché fatal. Le pêché de n’être pas comme tout le monde, de vouloir ressembler. C’est-à-dire cesser d’être.
Le corps juif n’est plus penché sur des livres, peinant dans des shtetls est-européens, artisan, maquignon, architecte, voleur… dans tous endroits et cultures où il s’est installé – provençal, catalan, arabe de ses sages médiévaux. Lumineux des Lumières juives en Bohème, Allemagne, Pologne, ou à la pointe du combat socialiste, de Marx au Bund.
Non. Devenu israélien il est bronzé. Musclé. Triomphant. Prend des bains de soleil à Eilat, se fait moderne à Tel Aviv, annexe des quartiers entiers de villes indiennes pour se la jouer mi-new age, mi-déprimé par la guerre unilatérale appelée massacre. Les dix commandements sauce curry. Torahndoori. Et partout insolent, prêt à dégainer le victimaire, prompt à la contre-attaque, spécialité stratégique.
La disparition du cosmopolitisme juif, c’est la disparition du judaïsme. Je veux dire de la culture juive.
Comme c’est la disparition de l’harmonie souvent trouvée
entre les pays d’accueil (ou de rejet) et les hôtes juifs. Parce que loin
d’être nomades, l
es cultures juives sont localisées, et le furent toujours, en
interaction pendant deux mille ans avec les cultures où elles se posèrent.
C’est un absolu contresens de voir les juifs comme nomades. Les Touaregs sont
nomades, ou les bédouins, qui font l’aller-retour saisonnier entre deux
points : estive et hivernage. Et les seules fois où les juifs-ves sont
errant·es, c’est quand ils et elles sont rejeté·es, ou fuient un massacre.
Encore une illusion d’optique et une fausseté factuelle, à quoi non seulement les européens et le christianisme ont toujours souscrit, mais aussi que le sionisme a contribué à grossir pour « se » justifier, et devenir « comme tout le monde » : ancré, stérile, méchant.
La fierté de Ben Gourion : « nous sommes enfin un pays véritable. Voyez, nous avons même des prostituées ».
En effet. Trahir Maïmonide, l’espagnol, Rachi de Troyes, Abraham de Posquières, kabbaliste du 12e siècle, Kafka, tchèque et kabbaliste d’un autre genre, Marek Edelman du ghetto de Varsovie aussi antisioniste qu’antinazi… cela tient de la prostitution. Pis, d’une espèce de proxénétisme qui serait de prostituer toute sa famille à la « normalité » - idole. A la modernité – idole. Au nationalisme – idole encore.
Le troisième commandement : Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
Idoles. Israël sacrifie aux images, solidifiées en concepts, qui toutes enferment, et qui, sacralisées deviennent des idoles. Des poisons qui circulent d’abord dans le corps de l’hôte pour se répandre ensuite au dehors.
Poison de l’inimitié, poison de l’inhospitalité qui valurent à Sodome et Gomorrhe d’être détruites, villes qui détestent l’étranger fut-il un ange déguisé. Poison de la guerre, de la haine. Poison du similaire : identité.
Au premier juif, l’Éternel commanda qu’il se déracine « du pays de ses pères ». Lève-toi de là où tu es et « pars pour partir » - Lekh lekha – traduit aussi par : « vas vers toi-même ». Abraham est commandé de ne pas demeurer là d’où il craint de se lever. L’effort d’aller, la doctrine de ne pas s’établir, le commandement de l’Ailleurs. La loi de ne pas s’arrêter mais de toujours chercher.
Traîtres.
II. Deuxième leçon d’Israël.
Il me semble juste, et sain, et désirable, d'associer désormais tout ce que font les Israéliens à ce que font les étasuniens et vice versa. Et ce de manière rétroactive depuis une date passée à définir.
Tant il est évident qu'Israël est une émanation de l'extrême-occident, le surgeon, le produit de celui-ci. Son raccourci.
Extrême-occident tout entier contenu dans l'unique symbole de l'expression étasunienne. Invasions pathologiquement compulsives, menant à l'hystérique exploitation de n'importe quel ailleurs qui nourrira le monstre, le temps d'avaler ses ressources, avant de rebondir ailleurs. Un autre ailleurs.
Ensemble pour attaquer l'Iran comme ils furent ensemble pour bombarder Gaza de bombes étasuniennes. Ensemble pour mener les manigances yanquies en Orient qui se sont toujours faites au moyen du muscle israélien. Ensemble encore par toutes les mesures yanquies ou israéliennes jamais lancées à l'encontre de l'Europe ou du Moyen-Orient qui se déploient systématiquement par la menace de perdre le soutien étasunien ou d'encourir la disparition du soutien des « communautés juives » en Europe et ailleurs. Entendre « lobbies sionistes » plutôt que communautés, qui pourrissent la vie des juifs et des juives partout dans le monde.
Autrement dit : l'un ne s'envisage jamais sans l'autre. Aussi méchants, inconséquents l’un que l’autre, et tous deux s’exprimant dans un grotesque meurtrier.

Commentaires
Enregistrer un commentaire