Soit qu'il tonitrue, vocifère fortement ; soit qu'il te murmure à l'oreille et te fait fermer les yeux pour mieux écouter, t'écouter le prononcer : le texte est de l'une ou l'autre nature.
S'il est autre que ces deux là, s'il ne te porte pas soit à déclamer soit à le laisser te parler à l'oreille, t'invitant au silence, alors il est inutile. Il est un leurre. Il est une complaisance, une babiole, une indiscrétion, un bavardage, une confession, cette obscénité, dont on se moque, un article sur une étagère d'épicerie. Un divertissement.
Qu'on écrive ou qu'on dise, c'est un texte.
Tissu par quoi on passe, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, de la pensée au son, de la conscience soudaine à la haute clameur, de l'obsession au sort magique, d'une langueur ou d'un désir vers des lignes de mots à filer et qu'on peut reprendre, génération par génération.
S'il ne te change pas la voix pour dire, ou ne te fais pas pencher la tête pour mieux entendre, d'une voix à la tienne, d'un silence qui arrive pour aboutir à ton secret, d'un rythme à ton pouls jusqu'à ta parole, à son tour rythmée par tes mots, virgules, pauses, alors ça n'est pas un texte digne de s'appeler texte. Il n'attache rien ni ne désentrave rien ; ne convoque rien qui te déplace, n'invoque rien au moyen du langage et du pouls qui te déchire du haut vers le bas, te fige, ni t'envoie te lancer par les ronces, par les collines, par l'écume d'une rivière, jusqu'au dessus de tête.
À défaut de hurler comme la gorge d'un chamane ou de soupirer comme Dieu à Élie dans le milieu d'un souffle d'air, ça n'est pas un texte, ça n'est pas un envoûtement, ça n'est pas un dévoilement, ça n'est pas un chant.
(montage photo ci-dessus Vidal Cuervo. Ci-dessous photographe inconnu)


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