Ceux qui savent mieux. Ceux qui se battront



Malgré ce que m'en disaient les jeunes profs d'histoire, c'était déjà bien le fascisme.

Avant même Macron. Parce que ce qui facilite le fascisme et lui tend la main, le hisse sur le marche pied qui lui permet d'aller s'asseoir confortablement dans le wagon de première classe, c'est du fascisme.

Il faut relire Char. Les feuillets d'Hypnos. Comment il décrit, René Char, la collaboration, celle de l'active participation, adhésion, et celle de la silencieuse "avarice" comme il dit, qui se tait et ouvre la porte aux massacres.

Et pire, celle qui sous couvert de résistance "de loin" - à Londres peut-être, ou tapi dans un immeuble bourgeois d'Alger (je me les imagine ainsi) prépare le lendemain de guerre qui sera une collaboration avec le Capital.

Char a cette perception très aigüe, et très douloureuse que la guerre n'est même pas gagnée que déjà l'après-guerre c'est déjà envisager le pouvoir qu'on s'octroiera aux lendemains grisâtres des années cinquante.

On imagine une banlieue sous la pluie, par Doisneau.

Il faut relire Char. Ou le lire.

Sa clairvoyance est une espèce de perception de ce qui file entre-deux, aux creux des murs, sous-jacent, non-dit, ce qui conspire de dégueulasserie toujours.

Et les petits profs d'histoire, même d'extrême gauche, même ceux que j'ai comme camarades sont un bout de cette collaboration. L'un de ces endroits où on peut accrocher son regard, qui sera tendu jusqu'à cet autre endroit où se tient l'épicier qui fait des courbettes à l'occupant, ou le flic qui capture des Juifs, des Algériens, des Comoriens, des pauvres, des Roms.

Ils sont un bout parce qu'ils m'ont expliqué, malgré que j'avais une perception née de ma famille et une vingtaine d'années de plus à observer la ronde de la fascisation se faire, ils m'expliquaient qu'on ne pouvait pas appeler fascistes des gens qui n'avaient pas toutes les conditions de 1933 (ou 1928, ou, etc).

Ils savaient mieux que l'étoile jaune de ma grand-mère ou que la fuite de mon grand-père depuis Dunkerque effondré. Ou que sa guerre dans le désert du Maroc à la Libye. Ils savaient mieux que ce que j'ai vu de mes sergents tatoués de macarons nazis pendant mon service militaire.

Toutes les conditions du fascisme n'étaient pas réunies. Ce qui ne les empêchaient pas de dorloter l'illusion que le marxisme fonctionnera parfaitement malgré que toutes les conditions ne sont pas réunies. On n'est pas, après tout, à une contradiction près. Puisque Marx, en hégélien pur jus dit que l'Histoire résoudra les contradictions pour nous. Le mouton est dans la boîte en somme, comme aurait pu dire St Exupéry.

Il ya ceux, et celles, finalement, qui savent mieux. Même ceux, et celles, qui parlent au nom du prolétariat. Son élite en somme. Là encore, il ne faut pas craindre la contradiction. Même quand on est libertaire et que l'avant-garde, on est contre.

Bref. Nous sommes dans le fascisme depuis que des gens le préparent, consciemment, selon une logique capitaliste de la plus grande pureté : le vaisseau craque, il faut renforcer ses bordées et ses nervures, colmater, calfeutrer et larguer à la mer ce qui est trop lourd à tirer. Le vaisseau craque. Quand le vaisseau craque dans ce qu'on appelle ses "oeuvres vives", il est temps de lâcher les chiens, la mort, la guerre et des flics en escadrons au milieu de la population. Le fascisme donc. Et planétaire. Les petits profs sont complices du haut de leur suffisance. Renforcer, colmater, délester, larguer.

Ils ne sont pas coupables ls petits profs d'histoire. Seulement arrogants. Les coupables sont dans les médias, dans les directions d'entreprise et aussi dans leurs rouages intermédiaires de cadres RH, cadres de production, ministres, flics, flics, flics, pharmaciens racistes, ivrognes à opinions, bobos "de gauche" dont les gosses sont à l'école Saint Machin...

Relire Char :

"Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments."

"Je songe à cette armée de fuyards aux appétits de dictature que reverront peut-être au pouvoir, dans cet oublieux pays, ceux qui survivront à ce temps d'algèbre damnée."

"Il neige sur le maquis et c'est contre nous chasse perpétuelle. Vous dont la maison ne pleure pas, chez qui l'avarice écrase l'amour, dans la succession des journées chaudes, votre feu n'est qu'un garde-malade. Trop tard. Votre cancer a parlé. Le pays natal n'a plus de pouvoirs".

"La France a des réactions d'épave dérangée dans sa sieste".

Et puis ceci, qui est l'éternelle abjection du pouvoir, son masque éternel pour une éternité de soumission : le passage que j'ai collé ci-dessous. Qui rappelle ce qu'évoque Kurz dans Apocalypse now. Les puritains qui lâchent des milliards de tonnes de bombes sur des innocents mais qui s'offusquent qu'on puisse écrire F.U.C.K. sur la carlingue des hélicoptères.



Ils tuent, industriellement, mais bipent les gros mots.

Morale de tortionnaire protestant.

C'est évidemment l'image de Rol-Tanguy qui s'impose, qui, se voyant reprocher la même chose par une tête d'oeuf de quartier général fait peindre "Mort aux cons" sur son half-track. Celui-là même qui rentrera le premier dans Paris avec les anarchistes espagnols.

Les puritains interdisent que nous parlions nos langues, que nous soyons qui nous sommes, encore une fois : comoriens, ou arabes, ou juifs. Mais ils comptent sur la dignité que n'ont pas ces "avares", pour aller nous frotter à l'ennemi, et veulent bien que nous mourions pour leurs sièges de ministres, à la libération.

René Char : "je n'écrirai pas de poème d'acquiescement".

Ils nous nient, en même temps qu'ils nous réclament au plus chaud des combats. Et les petits profs d'histoire, ceux qui savent mieux, et d'extrême gauche, les aident à se hisser là où on célèbrera des morts, appelés "héros", trompés, morts, lisses.

Nous autres.

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